(AFP-MC) - «Ce n’est pas facile de gagner sa vie à Youngstown», dit James Shlaga, qui cumule deux emplois de photographe et de gérant d’une confiserie située sur l’artère commerciale de sa ville natale, où une devanture sur deux est barricadée.
Âgé de 60 ans, l’homme blanc à la barbe grise est l’une des victimes du déclin industriel qui a frappé de plein fouet Youngstown, ville moyenne de l’Ohio où la sidérurgie a déjà triomphé. Il a perdu deux bons emplois dans le secteur manufacturier, se retrouvant sans assurance maladie au seuil du troisième âge.
Aujourd’hui, ce républicain votera pour un candidat démocrate, ce qu’il n’a pas fait depuis plusieurs élections.
«Je pensais voter pour John McCain, mais il n’offre rien du côté de la santé», dit l’homme, qui s’identifie normalement aux valeurs patriotiques et morales véhiculées par les candidats du GOP (Grand Old Party).
«Je vois Barack Obama comme une nouvelle voix, ajoute-t-il. Je ne suis pas certain qu’il soit capable de concrétiser ses promesses, mais c’est un risque que nous devons prendre.»
Si Barack Obama cause la surprise aujourd’hui et remporte la primaire démocrate de l’Ohio, il devra sa victoire à des hommes blancs comme James Shlaga, qui ont migré vers lui au cours des dernières semaines. Selon les sondages, ce mouvement a aidé le sénateur de l’Illinois à réduire son retard important sur Hillary Clinton dans cet État du Midwest dont les primaires se tiennent en même temps que celles du Texas, du Rhode Island et du Vermont.
Brad Murphy, 39 ans, fait également partie des nouveaux partisans de Barack Obama, ayant déjà préféré John Edwards, qui s’est retiré de la course à l’investiture démocrate.
«Seul Obama peut changer la direction de notre pays », dit cet employé de l’usine locale de General Motors, qui a licencié environ 7000 personnes au cours des dernières années. « Je respecte Hillary Clinton, mais le pays n’est pas prêt à élire une femme.»
Et les cols bleus des États-Unis seraient prêts à élire un Noir à la présidence?
«En Ohio, Obama a grandement profité du soutien de plusieurs grands syndicats, dont les Teamsters, explique John Gilliom, politologue de l’Université de l’Ohio. Ces appuis ont convaincu plusieurs cols bleus qu’un vrai homme pouvait voter pour Obama.»
À Youngstown, il y a évidemment de vrais hommes qui voteront pour Hillary Clinton. Mais ce sont les femmes qui représentent la force électorale de la sénatrice en Ohio. Des femmes comme Susan Pennington, 44 ans, secrétaire à temps partiel dans un bureau d’avocats.
«Ça me choque de penser que Barack Obama puisse remporter la nomination, dit-elle en attendant l’autobus dans le froid de février. Hillary Clinton est 100 fois plus qualifiée que lui. Si elle perd, cela prouvera que le sexisme est plus fort que le racisme aux États-Unis.»
Quand on lui demande d’en dire plus sur ce sujet, elle enchaîne : «Si vous entendiez tout ce que j’entends chaque jour, vous comprendriez. C’est «bitch» par-ci, «bitch» par-là. J’espère de tout cœur qu’Hillary remportera l’Ohio.»
Plusieurs sondages récents prédisent une victoire de 5 à 10 points à Hillary Clinton en Ohio.
À entendre Craig Murcer, policier à la retraite, certains démocrates de Youngstown ne font confiance à aucun des deux candidats engagés dans la course à l’investiture de leur parti.
«Barack Obama et Hillary Clinton n’ont aucune chance contre John McCain, dit-il en préparant des sandwiches dans le petit restaurant qu’il a ouvert il y a deux ans. C’est ce que me disent plusieurs de mes amis démocrates. Ils ne se reconnaissent pas dans ces deux candidats. Comme je suis républicain, je n’ai aucune raison de les contredire.»
Hillary Clinton et Barack Obama ont tous les deux fait un arrêt à Youngstown pour présenter leur programme économique. Dans un État qui a perdu 260 000 emplois manufacturiers depuis 2000, ils ont fait des promesses auxquelles James Cossler n’ose pas croire.
«C’est la même histoire à chaque campagne présidentielle, dit le directeur d’un incubateur industriel (Youngstown Business Incubator). Les candidats convergent vers Youngstown, qui est devenu l’emblème de l’économie postindustrielle. Si je me fie aux années passées, ils n’ont jamais rempli leurs promesses. Ce sera peut-être différent cette année, mais je ne mise pas là-dessus. C’est à nous de relancer l’économie de la ville.»
Publié par : Marcel Charland
à 00:31:03
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